Hors et En

samedi 11 février 2012

Éducation : comparaison des discours de François Bayrou et François Hollande

Les François parlent aux François :

C’est toi qui portes l’espoir, François, nous comptons sur toi.
– C’est bien de porter un beau prénom comme ça, pour être président !

Mais qui est-ce qui parle ? Bayrou ? Hollande ? Fillon ? Bonneau ? Mitterrand ? Baroin ?
Ici, il s’agissait de l’accueil de François Hollande par François Bonneau, président de la région Centre, le 9 février, pour le discours du candidat à la présidentielle sur l’éducation. J’ai été amusé de voir que ces phrases, qui ont été prononcées comme cela, sans patronyme, pourraient sans doute recueillir les suffrages de beaucoup de François, pardon, de Français.

Comme j’avais assisté au forum « Instruire, former, éduquer » de François Bayrou la semaine dernière, et que François Hollande prononçait son discours sur l’éducation à moins de 5 km de chez moi, je me suis dis que c’était l’occasion de comparer les deux discours.

Pour ma part, je les ai trouvés assez proches, et j’en suis très heureux : cela laisse espérer du mieux dans le système éducatif français pour le prochain quinquennat. Voici donc, mises côte à côte, quelques déclarations des deux François. Vous y verrez des points communs et quelques différences.

Les grandes déclarations :

FB : L’école, c’est la République.
FH : Je suis venu  vous parler de l’Ecole de la République, qui est le fondement de notre pacte démocratique.

L’école est une priorité liée à l’économie :

FB : Nous considérons que les deux verbes produire et instruire, sont intimement liés c’est-à-dire qu’il n’y a pas de « réarmement » productif du pays si, en même temps, il n’y a pas un « réarmement » éducatif. L’un soutient l’autre et l’un et l’autre sont liés comme une condition nécessaire pour la réussite du projet.
FH : J’ai voulu mettre la jeunesse au premier rang de mes engagements parce qu’elle est la condition de notre redressement. La compétitivité, dont on va nous parler beaucoup au cours de cette campagne, ce n’est pas seulement une comparaison entre des coûts […]  la compétitivité c’est la capacité technologique, c’est l’investissement humain, c’est le savoir-faire, c’est le niveau de formation d’une Nation. Notre jeunesse nous fournit les meilleures armes dans la mondialisation.

La reconnaissance et le statut des enseignants :

Ce thème est très présent dans le discours de François Bayrou. Je ne mets ici qu’un extrait, si vous voulez tout lire, vous trouverez le lien vers le discours en bas d’article.

FB : Je suis pour une société qui s’affirme solidaire avec ses enseignants. […]. De sorte qu’il est juste et nécessaire, de rappeler que les enseignants travaillent sauf exception beaucoup plus de 35 heures ! Les chiffres du ministère eux-mêmes le disent.
Orientation 4 : il faut restaurer la confiance de la nation dans ses enseignants. […] Je ne suis pas favorable à ce que l’on remette en cause le décret qui définit le statut des enseignants.
FH : Si nous voulons qu’il y ait des équipes pédagogiques, un nouveau temps de travail, un déroulement de carrière, une pérennité des équipes, une coordination avec les autres institutions… : bien sûr qu’il faut une politique d’éducation avec les moyens nécessaires ! […] Quel avenir a un pays qui maltraite ses professeurs ? Qui se trouve incapable d’en recruter pour assurer les besoins d’instruction et d’éducation ? Mais refuser d’entrer dans la discussion du statut des enseignants, ce n’est pas pour autant considérer que le métier ne doit pas évoluer, que ses missions ne doivent pas être discutées.

François Hollande est moins clair sur ce sujet… Il dit vouloir « un nouveau temps de travail », mais donner de précisions. Que doit-on lire entre les lignes ?

Adapter les moyens humains pour faire baisser l’inégalité des chances :

FB : Orientation 14 : Pour prévenir ces échecs, il faut penser le nombre d’élèves par classe en fonction de la réalité de la classe. À classe difficile, petit nombre d’élèves, à classe équilibrée et de bon niveau, plus grand nombre d’élèves.
FH : L’encadrement scolaire, notamment dans les écoles qui cumulent le plus de difficultés – sociales, familiales, territoriales – aux moments clés de la scolarité, sera là encore renforcé. Et je m’engage sur le principe : plus d’enseignants que de classes. Parce que, parfois, il faut y mettre la présence humaine indispensable si on veut lutter contre l’échec.

Les rythmes scolaires… :

FB : Orientation 18 : les rythmes scolaires doivent être reconstruits. Il n’est pas normal que l’école française soit celle qui concentre le plus d’heures de cours sur le moins de jours de classe. Les horaires des élèves, devoirs compris, ne devraient pas dépasser une charge horaire d’une trentaine d’heures par semaine, ce qui veut dire presque autant que leurs parents. Ceci signifie évidemment un allégement des horaires pour un grand nombre d’élèves. Les heures ainsi gagnées seront utiles aux enseignants pour le travail en commun, et aux établissements pour des programmes au choix qu’ils pourront élaborer.
FH : Les rythmes scolaires seront réformés, en allongeant le temps sur l’année et en diminuant les surcharges journalières, sans diminuer bien sûr le temps passé à l’école.

Les élèves en difficulté, le réseau d’aide :

FB : Orientation 10 : Les principales difficultés des élèves très jeunes sont psychoaffectives. Elles ne sont pas, pour la plupart du temps d’ordre pédagogique ou de l’ordre des capacités. Les repérer tôt par une formation et un réseau adapté, c’est donner une chance de les résoudre soit au sein de l’école soit par l’intervention, plus souvent encore, de pédopsychiatres. [ C’est ] un service à leur rendre et probablement la stratégie la plus efficace contre l’échec scolaire.

Je n’ai trouvé aucune proposition dans le discours de FH sur ce sujet…

Le premier lieu d’éducation :

FB : Orientation 11 : le premier lieu de l’éducation c’est la famille : favoriser la mise en place -je n’ai pas trouvé de meilleur nom- d’écoles de parents associatives pour aider ceux qui ont des difficultés à accompagner leur enfant, me paraît-là une vraie aide, une vraie assistance aussi aux enseignants.
FH : j’ai décidé de faire de l’école maternelle et de l’enseignement primaire une priorité. Parce qu’il faut commencer par le commencement. Il faut investir là où l’arme éducative est la plus efficace.

(Si c’est différent, on notera cependant que ce n’est pas incompatible…)

La pédagogie : (question très importante à mes yeux ! Comme les autres, me direz-vous…)
Je mets en commentaire (pour ne pas alourdir l’article, déjà trop long) le texte de Bayrou concernant son idée de la pédagogie.

FB : Orientation 12 : la question des méthodes pédagogiques doit être tranchée non pas par l’idéologie mais par l’évaluation des résultats.
Et je considère que ce n’est ni au gouvernement ni au président de la République de trancher des méthodes d’apprentissage, c’est à la classe, au résultat effectif, à condition qu’aucune méthode ne se voie exclue pour raison idéologique. Et c’est donc par l’évaluation des résultats que l’on doit trancher de la question des méthodes.
FH : Les pédagogies doivent évoluer. Le travail en équipe doit être encouragé. Le recours aux exercices, à l’implication des élèves, tout autant. Tout ce qui doit être fait, c’est pour permettre l’épanouissement de l’élève.

Selon moi, il y a une phrase de trop chez Bayrou : la question des méthodes ne sera jamais tranchée. Si les évaluations sont bien faites, je pense qu’elles montreront que certaines méthodes marchent bien avec certains élèves, et d’autres méthodes avec d’autres élèves. On ne trouvera pas une méthode universelle, même (et surtout) si on fait de tout, comme le propose Hollande…

La formation des enseignants :

(juste une parenthèse sur le bilan de ce qui a été fait de la formation pendant le quinquennat qui s’achève : lisez ici ce qu’en dit la cour des comptes, c’est accablant !)

FB : La reconstruction d’une année de formation en alternance avec exercice dans la classe et transmission de l’expérience d’autres enseignants est impérative et étroitement liée au contrat de progrès dans l’Éducation nationale. Il s’agit du moyen et du seul moyen de familiariser les enseignants recrutés et débutants avec l’expérience de leurs collègues plus expérimentés et plus assurés. Il s’agit d’armer les jeunes enseignants et de leur faire ainsi gagner des années d’expérience.
FH : Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue des professeurs, de grande qualité. […] Donc, je rétablirai la formation initiale et continue des professeurs. Les universités auront la responsabilité de cette formation. Les actuels IUFM se transformeront en Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Je souhaite que tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou qu’ils se destinent à être à l’université, partagent un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. C’est cela, la République ! C’est l’échange entre la théorie et la pratique, la recherche pédagogique, l’expérience et les niveaux de formation. L’année de stages sera donc rétablie.

Si leurs avis sont proches, je reconnais avoir un faible pour l’idée de Hollande d’une école universitaire supérieure du professorat et de l’éducation pour tous les futurs enseignants.

Le collège (unique ?) :

Ici, c’est François Hollande qui donne plus de détails, que vous pourrez retrouver en lisant son discours. Je ne mets que quelques extraits.

FB : Orientation 15 : le collège doit être diversifié. Il est normal et juste que la nation veuille garantir un bagage à tous les enfants, mais ce bagage de connaissances et de méthodes ne peut être apporté dans l’uniformité. Pour un certain nombre d’élèves en situation de rejet de l’école un « collège hors les murs » avec des pédagogies adaptées doit permettre une reconstruction et le retour, s’il le souhaite, à la voie classique.
FH : le collège unique permet aussi la diversité des parcours. Ce n’est pas un système où tous les élèves passent sous la toise. Nous avons besoin d’une structure commune à tous les élèves. […] Mais, en même temps, l’orientation ne peut pas être trop tôt – sinon, nous savons bien qu’elle sera un déterminisme social, une sélection en fonction du milieu où les enfants de pauvres iront toujours dans les mêmes filières. […] je refuse une orientation dès la fin de la cinquième, parce que c’est trier encore au plus tôt et aggraver les inégalités. Ce que je veux, c’est l’inverse : permettre à chacun de construire ses choix positivement, lui donner la possibilité d’acquérir des moyens de sa culture, de sa citoyenneté, de sa liberté, dans un collège qui réunit tous les enfants de la République.

La formation professionnelle :

FB : Orientation 21 : .l’enseignement professionnel doit reposer non pas sur l’élimination mais sur la vocation, par la découverte des métiers, par l’alternance ou l’apprentissage.
FH : [je veux] faire de nos filières professionnelles des vraies filières d’excellence, avec des orientations positives et pas imposées, et des débouchées assurées, et pas subis.

Les nouvelles technologies :

FB : Orientation 30 : réflexion générale sur l’éducation numérique. C’est très important pour l’avenir. Je vous ai dit ce que je pensais d’Internet, de ses chances et de ses risques. Moi qui le pratique quotidiennement comme beaucoup d’entre vous, je pense qu’il y a là un gisement de progrès considérable. En même temps, je veux dire qu’il n’y a pas d’éducation qui soit déshumanisée, il n’y a pas d’éducation qui soit entièrement dématérialisée et que les ressources de ce que l’on appelle le e-learning sont, pour l’avenir, en même temps un immense enrichissement des possibilités de formation et de découverte, et un univers qu’il nous faut apprendre et que les jeunes, les élèves et les étudiants doivent apprendre
Je propose une réflexion générale sur la coopération entre l’enseignement numérique et l’enseignement classique traditionnel dans les classes.
FH : les nouvelles technologies ne peuvent pas rester à la porte de nos écoles, de nos établissements. […] chaque élève de collège, dans mon département, reçoit dès la sixième un ordinateur portable. […] Le problème est que les enseignants n’ont pas été formés à ces nouvelles technologies. Il faudra faire un grand plan de formation pour ces nouvelles technologies, si nous voulons les diffuser.

Le respect, et la sécurité :

FB : Le calme, le respect, l’attention particulière aux élèves, la sécurité des enfants et des parents, l’assurance que les enseignants retrouveront la
sérénité dans leurs cours, cela nous allons le reconstruire et nous allons le reconstruire dans l’école de la République.
Orientation 3 : il faut refaire de l’école un lieu d’où la violence est exclue et où le respect est la règle entre élèves et enseignants, à l’égard des enseignants et dans la cour de récréation.

FH : respect de l’enseignant, respect de l’autorité, respect des lois. Et, là aussi, le respect s’enseigne […] L’autorité, aussi, doit être restaurée. L’autorité fondée sur les qualités morales et intellectuelles reconnues, et sur l’exemplarité de celui qui la détient.

Et, à cet égard, la sécurité doit être assurée, aussi, dans les établissements. […] j’ai proposé d’augmenter la présence des adultes dans les établissements et de permettre un travail en équipe, une stabilité de ces équipes et la création d’un nouveau métier : chargé de la sécurité et de la prévention, dans les établissements qui sont les plus exposés aux violences.

Les exigences ministérielles qui éloignent de la classe :

FB : Orientation 8 : arrêter avec les surcharges administratives, la multiplication des réunions, l’avalanche des livrets de compétences. À l’école comme dans tous les autres secteurs d’activité, la surcharge paperassière étouffe, asphyxie et ne sert à rien.
FH : Il y aura aussi la fin des évaluations permanentes, qui aujourd’hui accablent les professeurs et qui ne produisent que des statistiques. Bien sûr que je suis favorable à l’évaluation de l’école, mais à une évaluation indépendante et incontestable.

L’histoire en terminale S :

FB : Je suis déterminé à rétablir l’enseignement de l’histoire en terminale scientifique.
FH : Je rétablirai l’enseignement de l’histoire en terminale scientifique.
(Sans commentaire…)

Voilà…

Je n’ai mis ici que les phrases de « profession de foi » ou de projet, qui permettent de mieux connaître le candidat. Je n’ai pas remis les nombreuses phrases qui parlent du bilan du quinquennat, de l’état de l’Éducation Nationale aujourd’hui, des erreurs passées… Les deux François sont d’accord sur ces constatations très négatives (qui constituent d’ailleurs plus du tiers du discours de François Hollande, comme le montre cette image)…Part des constatations négatives ou attaques dans le discours de F.Hollande

J’ajoute quelques remarques plus personnelles sur ce que j’ai pensé de ces 2 interventions :

D’abord sur la forme :

Je trouve que François Bayrou est plus à l’aise dans son discours. François Hollande, au début, lisait plus qu’il n’habitait son discours. Par ailleurs, j’ai regretté que dans un discours d’une heure, François Hollande ne parle qu’une demi-heure du sujet annoncé : l’éducation. Le reste était, selon moi, hors sujet. J’étais venu pour entendre des idées, pas des attaques… François Bayrou, de son côté, a consacré près de 5h au sujet, dont 1h pour son discours.

Puis sur le fond :

J’ai trouvé que les idées de François Bayrou, si elles sont bonnes, ne sont cependant pas très innovantes. C’est sans doute son choix, car il souhaite proposer des évolutions, et non des « réformes à perpétuité qui déstabilisent l’institution ». Je préférerais, cependant, une réforme en profondeur, une « refondation », qui permette, si elle est bien faite, d’éviter des nouvelles réformes tous les 5 ans.

Les propositions de François Hollande, que je trouve très proches de celles de François Bayrou, me semblent un peu plus déstabilisantes, mais c’est justement le changement, le mouvement vers l’avenir, que j’aime. J’apprécie son idée d’école supérieure de l’enseignement. Je suis surpris de ne rien trouver sur les élèves en difficulté, alors que la proposition de François Bayrou sur le sujet me parle beaucoup !

Pour conclure, je devais choisir un programme pour l’éducation nationale, je préférerais sans doute celui de François Hollande. Mais en avril, il s’agira d’une question beaucoup plus large ! Il s’agit de choisir quelqu’un qui aura une responsabilité de TOUTE la France, pas seulement l’éducation. Et là, j’ai plus de craintes en voyant François Hollande. Il souhaite donner des moyens très importants à l’éducation, en recrutant 60000 personnes, en investissant lourdement pour l’école,  mais il le dit lui même : « Nous n’avons pas les moyens budgétaires que notre politique pourrait, éventuellement, espérer. » Pour financer son programme, il table sur des prévisions de croissance auxquelles personne ne croit. Même des socialistes le disent ! (voir sur Rue89)
Où ment-il ? Est-ce qu’il va renoncer au retour à l’équilibre, ou à ses propositions ?

Peut-on se permettre de prendre un tel risque ? Non. Je ne voterai pas pour des belles idées qui ne seront pas réalisables.
Je choisirai le programme plus réaliste de François Bayrou.

Références : Discours de clôture du forum « Il n’est de richesse que d’hommes. Instruire, former, éduquer », par François Bayrou, le 4 février 2012
Discours de François Hollande sur l’Ecole et la Nation à Saint Jean de la Ruelle, le 9 février 2012


Publicités

mercredi 8 février 2012

Il n’est de richesse que d’hommes

Samedi a eu lieu le deuxième forum thématique de François Bayrou, ayant pour titre « Instruire, éduquer, former – Il n’est de richesse que d’hommes »

Comme le sujet m’intéresse et que les propos de certaines personnalités à ce sujet m’inquiètent, j’avais écrit ici mes états d’âmes, et j’avais envoyé un courriel à François Bayrou et Jacqueline Gourault. Ils m’ont tous les deux répondu personnellement (je les remercie !), et invité à participer à la journée de samedi.

Cette journée s’est révélée très intéressante, et rassurante.
J’ai participé, pour ma part, à la table ronde « Instruire : les chemins de la réussite ». Les intervenants étaient variés. Il y avait des grands noms, comme Dominique Versini, défenseur des droits des enfants, des grands responsables, comme un inspecteur général de l’EN, des ouvriers du quotidien : professeurs, directeurs, des parents d’élèves, des responsables associatifs en lien avec l’école. Certains intervenants venaient d’autres mouvement politiques, comme EELV et la Gauche Moderne.
Les avis exprimés ont été riches, très différents, parfois contradictoires. Pour tenter de synthétiser, on peut dire qu’il y a 3 visions de l’école dans la société, et 2 grands courants pédagogiques au sein des enseignants.

La première vision de l’école, que me vantait ouvertement un de mes correspondants sur Twitter, est celle d’une école à 2 vitesses, pour ne pas mélanger « les enfants d’enseignants ou de fonctionnaires » et ceux de la « plèbe illettrée » (les mots ne sont pas de moi, mais ils m’ont fait comprendre qu’il y a réellement des personnes qui disent cela !). Cela permettrait, selon mon correspondant, d’éviter le nivellement par le bas. C’est une vision que je ne partage pas : enfermer quelqu’un dans une caste méprisable, c’est inhumain.

La deuxième vision de l’école est celle du libre choix. Les établissements sont libres de recruter leurs enseignants, de mettre en place les projets, les pédagogies, les contenus qu’ils souhaitent. Les parents sont libres de choisir l’école pour leurs enfants. Cette vision là, qui met les établissements en concurrence entre eux, favorise le communautarisme, le repli sur soi. Je la pense aussi génératrice de tension sociale, de lutte de bandes entre les élèves de l’école Machin et ceux de l’école Bidule… C’est néanmoins la vision qu’ont un certain nombre de nos concitoyens, dont certains en responsabilité.

Enfin la troisième vision de l’école est celle d’une école, accueillant tout le monde, refusant les discriminations (sociales, racistes, sexuelles, sanitaires, intellectuelles, religieuses, etc.) , et laïque. C’est la vision qui a conduit à l’école actuelle, l’école de la République Française, de la société française dans sa diversité. Si on souhaite garder ce modèle, il faut l’adapter, lui donner un nouveau souffle, pour qu’elle puisse accomplir au mieux sa mission et faire baisser les inégalités.

Dans cette école, quelle que soit la vision que vous souhaitiez, les enseignants peuvent privilégier, pour faire court, deux pédagogies différentes défendues respectivement par les « républicains » et les « pédagogistes ».

Les tenants de la pédagogie républicaine souhaitent centrer l’école sur les apprentissages. Le programme doit être axé principalement sur les matières fondamentales que sont le français et les maths, et c’est le maître qui apporte les connaissances nécessaires aux élèves (au pluriel). L’apprentissage se fait principalement par la mémorisation et l’entraînement. (je simplifie, je caricature, c’est juste pour faire apparaître les grands traits).

Les défenseurs de la pédagogie « pédagogiste » souhaitent centrer l’école sur l’élève (au singulier). Le programme doit être plus ouvert, comme l’est la société actuelle, avec, à côté du français et des maths, l’utilisation des nouvelles technologies, des langues vivantes, davantage de découvertes culturelles… Le maître, spécialiste de la pédagogie, apprend au élèves comment ils peuvent acquérir eux même les connaissances, avec son aide, bien sûr. Il doit différencier, adapter les méthodes en fonctions de capacités de chaque élève. L’apprentissage se fait d’abord par la réflexion et l’application concrète, en lien avec le vécu des élèves et la société.

J’ai été rassuré par cette journée, car la vision qu’a François Bayrou de l’école est la même que moi : celle d’une école qui rassemble, une école républicaine, une école pour tous, une école qui respecte les différences. J’ai aussi été rassuré par le fait qu’en ce qui concerne les méthodes pédagogiques, François Bayrou, en bon centriste, rassembleur, a entendu les interrogations des enseignants, et souhaite y répondre rationnellement. (Je ne suis pas dupe : il sait bien aussi que si il veut rassembler le plus de voix sur son nom, il ne doit pas se mettre à dos la moitié des enseignants… ) Il avoue qu’il a bien une préférence, mais que ce ne sont pas ses convictions qui doivent dicter les choix pédagogiques de la nation, mais les résultats des différentes méthodes. Il souhaite donc évaluer la réussite des méthodes d’apprentissage . Observer les méthodes utilisées par les enseignants dans les classes qui réussissent.
Dans mon courriel, je lui demandais comment il évaluait la réussite d’un enseignant, afin de la distinguer du milieu dans lequel il exerce et des moyens dont il dispose. Il m’a répondu que cela se ferait par la comparaison de l’évolution des élèves sur un an, dans des classes comparables. Il me reste quand même des questions… Cela implique donc une évaluation en début d’année et une à la fin ? Pour toutes les classes, ou pour des échantillon ? Systématiquement, chaque année, ou juste au début, pour une durée d’étude ?

Bref… Je n’ai parlé ici que des méthodes d’enseignement, parce que cela me tenait à cœur, mais les propositions de Bayrou sont beaucoup plus larges que ça. Comme je ne pense pas trouver le temps de vous commenter ses trente orientations, je vous propose de les retrouver ici : instruire, former, éduquer.

Comme bilan de cette journée, je retiendrai une phrase de l’Hérétique, sur twitter :

Si je n’étais pas déjà pour @bayrou je le serais devenu aujourd’hui

mercredi 25 janvier 2012

Bayrou, Brighelli et l’éducation

Filed under: Actualité,Education,Hors,Présidentielle — mazzhe @ 23\1120
Tags: , ,

Dimanche, JP Brighelli a commis un article sur le site de Marianne2. Il est, comme moi, proche des idées de François Bayrou. Tout comme moi, il est aussi très intéressé par les questions d’éducation. Cependant, dire que je ne partage pas son analyse est un euphémisme…

Il cite dans son article 10 propositions qui auraient été formulées sur un forum par des enseignants qui répondaient à la question « Si vous pouviez faire 10 propositions concrètes pour tirer l’EN du marasme, ce serait quoi ? ». Je ne vais pas refaire avec vous la lecture des 24 pages de ce fil de discussion, mais j’en ai cependant parcouru quelques unes, et je constate que monsieur Brighelli a fait un choix dans les propositions qu’il retient. Mon choix n’aurait sûrement pas été le même que le sien.

Voici plusieurs points sur lesquels je souhaite proposer mon avis…

1) Il souhaite consacrer plus de temps à l’école à l’apprentissage du français. (cela ce comprend, puisqu’étant professeur de français, il doit vivre durement les tortures que les jeunes affligent à notre langue) Évidemment, je ne suis pas contre. Cependant, il en va du temps scolaire comme du budget de l’état : si on augmente un poste, il faut en diminuer un autre. Lequel ?

Je suis résolument pour un meilleur apprentissage de la lecture et de la langue française. Mais cela ne doit pas se faire au détriment d’autres apprentissages. Par exemple, je pense qu’une grande difficulté des élèves que je rencontre depuis que j’enseigne est la compréhension et la résolution de problèmes. Je pense qu’une partie de la cause se situe hors de l’école, mais que celle ci doit veiller à renforcer les capacités de réflexion des jeunes citoyens qu’elle forme.

Plutôt que de plaider pour un volume consacré à l’apprentissage du français, je serais plutôt favorable à veiller à sa qualité.

A ce sujet, je ne comprend pas qu’on nous ressorte encore le débat d’un autre âge sur les méthodes de lecture. Je n’ai jamais vu un enseignant faire une approche globale de la lecture. Tous les enseignants de CP que j’ai croisés dans mes nombreux remplacements travaillent sur les sons et les lettres, tant à la lecture qu’à l’écriture. Qu’on me montre une classe « fautive » où cela n’existerait pas ! Mais de la même façon, tous les enseignants que j’ai rencontrés travaillent la découverte des sons en lien avec un texte, pour donner du sens à la lecture. Si la lecture faite en classe n’était qu’une mécanique, une technique opératoire qui ne servirait qu’à lire des pseudo-mots sans aucun sens (« Biramu, latofi, duchonou… »), combien d’enfants aimeraient lire ?

2) Il propose ensuite de « mettre au feu » un certain nombre de documents chronophages. Compte-tenu du travail demandé aux enseignants, je ne peux que soutenir cette proposition. Cependant, il propose dans la foulée de faire revenir les notes au primaire. Quel rapport ? Et puis quel intérêt ? Est-il démontré qu’une école qui note ses élèves est plus efficace qu’une école qui ne les note pas ? Non. La note pourrait être un indicateur utile, comme le thermomètre dans les hôpitaux, mais pas telle qu’elle est vécue dans notre société. La note n’est pas vécue comme un indicateur, mais comme un jugement. Il n’y a pas de honte à avoir 39,5° de fièvre, mais il y a souvent une honte ressentie à avoir une note sous la moyenne… Aucun enfant ne se moquera d’un autre en lui disant : « je suis moins malade que toi », alors que tous comparent leur résultats scolaires. Et un mauvais résultat n’encourage pas au travail, il détruit petit à petit la confiance en lui-même de l’élève.

Les élèves d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a cinquante ans. Et leur environnement familial est aussi très différent. Le travail n’est pas une valeur à la mode. Le plaisir et la défiance le sont beaucoup plus. Pour redonner le goût du travail (je crois que Brighelli le souhaite autant que moi), il faut plutôt encourager les élèves en leur donnant confiance dans leur capacité d’apprentissage, plutôt qu’en leur donnant le dégoût d’eux-même. Les notes ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais elles sont socialement mal vécues et ne peuvent plus être utilisées comme indicateur de l’apprentissage de l’élève.

Je suis ensuite pleinement d’accord avec les deux propositions suivantes : adapter le nombre d’élèves par classe en fonction des difficultés rencontrées ; revaloriser la filière professionnelle qui peut être un choix pour des élèves (et pas uniquement ceux qui sont en échec scolaire) dès le milieu du collège.

Son cinquième point concerne ce qu’il faudrait enlever de l’école, afin d’alléger son contenu… Et le premier enseignement qu’il veut supprimer, c’est l’anglais ! Selon lui, il faudrait attendre l’entrée en sixième pour apprendre à dire « my name is » ! Ce serait aller à l’envers du monde ! Il faut au contraire favoriser l’apprentissage des langues étrangères, l’ouverture sur le monde, la diversité et cela le plus tôt possible. C’est d’ailleurs ce que souhaite l’Union Européenne : « L’objectif de l’Union est que chaque citoyen parle deux langues en plus de sa langue maternelle. Pour y parvenir, elle défend l’objectif d’apprendre aux enfants deux langues étrangères dès le plus jeune âge. Des études indiquent que cela leur permettrait d’apprendre les langues étrangères plus facilement et de disposer d’une connaissance approfondie de leur langue maternelle.  »
On ne peut pas défendre à la fois un meilleur apprentissage du français, une Europe forte, et l’absence de langue vivantes à l’école…

Dans le même état d’esprit, il est inconscient de vouloir supprimer l’apprentissage de l’utilisation d’internet. C’est un outil dont les citoyens ont aujourd’hui besoin pour vivre dans leur monde, au même titre que la lecture ! Et à en croire les élèves que je côtoie, ce ne sont pas leur parents qui vont leur apprendre un usage « efficace » de cet outil…

Je pense qu’une solution à ce dilemme serait une refonte totale des rythmes des apprentissages. Certaines notions pourraient être vues entre 8h et 13h, tous les jours de la semaine, avec des enseignants « classiques », alors que d’autres notions pourraient être abordées par d’autres intervenants plus spécialistes, entre 15h et 18h, sur la base du volontariat des enfants ou des familles, avec éventuellement pendant ce temps de l’aide plus spécifique pour les élèves qui en auraient besoin ? A voir cependant, le rythme d’activité que pourraient supporter les enfants…

Je vais essayer d’être plus rapide pour commenter les points suivants…

Le sixième parle de discipline. Si je suis d’accord pour donner aux enseignants ou établissements des moyens de maintenir le calme, et du climat de travail, je suis inquiet de sa vision répressive, encore une fois d’un autre âge, ou d’un autre secteur de l’échiquier politique que le sien.

Je suis en partie d’accord sur la façon de former les enseignants avec une grande part de pratique, son septième point, mais je déplore le manque de respect dont il fait preuve envers les personnes qui tentent aujourd’hui d’enseigner ce métier avec les maigres moyens qu’on leur donne.

Que dit-il de concret dans son huitième point ? Il ne lui sert qu’à exprimer des critiques avec des mots forts, mais creux. Passons. Le neuvième point est plus intéressant, et je soutiens en particulier la fin du paragraphe, où il explique qu’« il est essentiel de multiplier les système-relais, à tous les niveaux »… pour obtenir le meilleur de chaque élève.

Bien que je sois d’accord avec l’essentiel de ce qu’il dit dans son dixième point, j’ai du mal à en saisir la cohérence : quel est le point essentiel à en retenir ? Le seul avec lequel je sois en désaccord me semble pourtant un point important… C’est gênant. Il refuse que « l’élève soit le centre de l’école ». C’est pourtant bien pour l’élève que l’école a du sens ! Bien sûr, la « transmission des savoirs » doit être une valeur importante, mais cette transmission n’a de sens que face à un élève ! Sans en faire un enfant-roi, il est important de prendre en compte ce que peut supporter un élève, avant de lui faire avaler à l’entonnoir, pardon, de lui « transmettre » des savoirs. Comme me le disait Jean-Claude Bennahmias, « les élèves ont un cerveau, ils peuvent s’en servir ! »

Voilà… Je sais que pour l’instant, le programme d’éducation de Bayrou n’est pas celui de Brighelli… Mais je sais aussi que Brighelli est un proche de François Bayrou. Je suis inquiet, et je suis la question de près. François Bayrou propose de regarder comment font les meilleurs enseignants, pour proposer leurs méthodes. Cela me pose question : comment reconnaît-on un bon enseignant, indépendamment des élèves qu’il a en face de lui, des moyens qu’il a à sa disposition, de son établissement, etc ?

Par ailleurs, comme le fait remarquer l’Hérétique, François Bayrou aime bien regarder ce qui marche pour s’en inspirer. Il prend souvent l’Allemagne pour modèle sur le plan économique… Sur le plan éducatif, les enquêtes PISA saluent les performances du système éducatif finlandais… Je crains que ce modèle ne soit pas compatible avec Brighelli :

d’après wikipedia :

Les études […] mettent en avant la responsabilisation précoce des élèves, l’absence de stress dans un système qui ne connaît pas le redoublement et la formation de qualité des enseignants.

D’après Paul Robert (auteur de « La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? Les secrets de la réussite ») :

Jusqu’à 9 ans les élèves ne sont absolument pas notés. Ce n’est qu’à cet âge qu’ils sont évalués pour la première fois, de façon non chiffrée. Puis plus rien de nouveau jusqu’à 11 ans. C’est dire qu’au cours de l’équivalent de toute notre scolarité primaire les élèves ne subissent qu’une seule évaluation. L’acquisition des savoir fondamentaux peut ainsi se faire sans le stress des notes et des contrôles et sans la stigmatisation des élèves plus lents. […] La Finlande a fait le choix de faire confiance à la curiosité et à la soif naturelle d’apprendre des enfants.

C’est comme ça que la Finlande est devenue championne de l’éducation et de l’égalité des chances…

Je conclurai simplement en signalant que samedi 4 février aura lieu le 2ème forum de l’Agenda 2012-2020 de François Bayrou, sur le thème de l’éducation, autour des sujets « Instruire, éduquer, former ».

J’y serai.

mardi 2 juin 2009

L’Europe, l’éducation et la recherche

j-5 : 3ème épisode

L’Europe a déjà un rôle important pour la recherche. Sa place est peut-être un moins grande dans le domaine de l’éducation, mais c’est un sujet qui me tient à cœur. Voyons ce que les différents partis en disent…

Commençons par l’UMP : leur 28ème point sur 30 s’intitule « Harmoniser les cursus universitaires et délivrer des diplômes européens« . Ils proposent de continuer sur la lancée de ce qui existe déjà : création de diplômes conjoints entre universités européennes, généraliser la mobilité (Erasmus), harmoniser les diplômes, et enfin développer le trilinguisme dans tous les pays.

Rien à redire. Tout est intéressant.
Tiens, un point nouveau : « Editer un manuel d’histoire européen pour permettre aux jeunes générations de mieux s’approprier ce bagage collectif. » Et donc, tous les élèves de l’Europe devront utiliser le même manuel ? Tous les profs devront faire cours de la même façon ? Non, ce n’est pas un « manuel » qu’il faut faire… C’est un programme commun. Les professeurs sauront bien proposer ce « socle commun » à leur façon, et ça passera mieux…

En ce qui concerne la recherche, leur point 19 « Innover ensemble » met l’accent sur la mise en commun des recherches, entre autre pour pouvoir rivaliser avec les Etats-Unis.
Ils proposent aussi de « définir des critères obligatoires pour les dépenses publiques et privées en matière d’innovation et de recherche »

Le PS, de son côté, parle de l’éducation dans le « Pacte Européen pour le développement de l’emploi » qu’il propose :

Les ressources du Fonds social européen doivent être mobilisées pour le retour des travailleurs à l’emploi et pour le renforcement des qualifications. Dans une économie ouverte comme l’Europe, l’investissement dans l’éducation est fondamental pour la croissance et la création d’emplois plus qualifiés et mieux rémunérés. […]. Nous aurons aussi à ouvrir largement et équitablement la formation tout au long de la vie, avec une priorité à la formation de la ‘deuxième chance’ pour ceux et celles qui n’ont pas pu achever une scolarité complète. Ce soutien peut être apporté par des politiques européennes, nationales et régionales. En partant du succès du programme ERASMUS nous proposons d’augmenter dans le budget européen les crédits destinés aux échanges des Européens, pour élargir cette mobilité […] pour offrir au plus grand nombre la possibilité d’étudier à l’étranger. La mobilité doit être la règle, non l’exception : tout jeune Européen doit y avoir accès.

Nous entendons négocier […] des objectifs et des normes pour les politiques nationales de solidarité, de santé et d’éducation afin de lutter contre la pauvreté et les inégalités […]

C’est tout aussi intéressant. Comme l’UMP, le PS souhaite aller plus loin dans le programme Erasmus.
J’apprécie tout particulièrement l’idée de la formation de la deuxième chance.  (Le MoDem d’Orléans en avait parlé lors des municipales, et l’ouverture d’une « E2C » faisait partie du programme de Serge Grouard (p18). Où en est-on aujourd’hui ?)
Concernant la recherche, le PS nous dit :

7. Il est essentiel d’augmenter fortement les investissements de recherche-développement et l’innovation pour une croissance écologique et innovante et donc pour notre prospérité à long terme.
Les Etats-Unis dépensent aujourd’hui 50% de plus que le total des Européens dans ces domaines. L’Europe doit rattraper l’écart et devenir le premier investisseur dans la préparation de l’avenir.

Je ne peux qu’approuver pleinement. (Mais il faudra qu’on reparle de financement un de ces jours…)

Le MoDem, à propos d’éducation et de recherche s’engage :

8 – Le savoir et la connaissance priorités de l’Europe.
Une société avancée, à haut niveau de protection sociale, ne peut se défendre dans la mondialisation que par un haut niveau de connaissance, de maîtrise des sciences et des technologies nouvelles.
Nous proposons un doublement progressif du budget européen pour la recherche et, en liaison avec les États membres de l’Union, une aide pratique au dépôt de brevets.

Nous proposons de :
Financer l’éducation, la santé et la formation tout au long de la vie des citoyens européens car ces biens supérieurs ne peuvent dépendre exclusivement de la loi du marché.
– Assurer l’apprentissage de deux langues vivantes européennes et de l’histoire de l’Europe dans les programmes scolaires.
Développer les échanges pour les étudiants et pour les apprentis en fondant un nouveau programme Erasmus accessible à tous et soutenu par un système de bourses plus étendu.
Mener une véritable politique de recherche européenne en doublant le budget européen de la recherche et en instaurant une aide pratique au dépôt des brevets.

Tiens, ici encore, on parle d’élargir Erasmus, de favoriser l’apprentissage des langues, et de formation « post-école »… (Puisque j’ai évoqué les finances, vous pouvez jeter un coup d’œil à l’engagement 9, ils en parlent)

Enfin, Europe-Ecologie :

un investissement massif dans l’éducation et la recherche. Nous voulons un plan de lutte contre l’illettrisme, un statut social européen de l’étudiant, et le doublement et la réorientation des moyens de la recherche vers la reconversion écologique et sociale.

C’est un peu moins précis là, mais il y a des détails dans leur programme de 68 pages. Tiens, on ne parle pas d’Erasmus ? Ah, si : « Les dispositifs de type ERASMUS doivent donc être renforcés et étendus avec comme objectif que chaque personne en formation ait au moins une opportunité de partir. » C’est bon, il y a tout.

Bref :

Tout le monde est d’accord. L’éducation et la recherche, c’est important. Il faut aller plus loin dans ce domaine, ensemble. (et il faut encourager, renforcer, étendre Erasmus !)
L’avantage de ce sujet là, c’est qu’il n’est pas très polémique. Les eurodéputés qui seront élus arriveront donc à trouver des accord et faire avancer les choses. Chouette !
« Yapluka » attendre…

——————————————–

Rappel :
Les références des textes que j’utilise sont indiquées dans mon introduction : ma campagne à moi…
Si vous avez un autre texte, ou une autre lecture, une autre façon de voir les choses, vous pouvez l’exprimer dans les commentaires.

mardi 24 mars 2009

C’est hallucinant !

Filed under: Actualité,Education,Hors — mazzhe @ 12\1233
Tags: , , ,

Je suis révolté, outré, profondément choqué, bouleversé, en rage, estomaqué… Ce n’est pas possible, d’en arriver là ?

Vous vous souvenez d’Alain Refalo, cet instit qui a choisi de désobéir ? Il a envoyé hier une nouvelle lettre à son inspecteur. Lisez-là. Je ne comprends pas comment l’Education Nationale peut en arriver là. C’est inadmissible…


Mr Alain REFALO Colomiers, le lundi 23 mars 2009

Ecole Jules Ferry

Allée des Fenassiers

31770 COLOMIERS

Inspection de l’Education Nationale

17ème circonscription de la Haute-Garonne

Place Joseph Verseilles

31770 COLOMIERS


Objet : Monsieur l’inspecteur, soyez loyal, mais non servile !


Monsieur l’inspecteur,


Mardi 10 mars, pour la cinquième fois depuis le mois de novembre, vous êtes venu dans ma classe pendant une heure sur le temps de l’aide personnalisée. Et pour la cinquième fois, vous avez pu constater que je faisais bien ce que je vous avais écrit le 6 novembre, à savoir une activité théâtre pour tous les élèves, avec l’accord explicite des parents. Combien de visites de contrôle vous faudra-t-il encore pour vérifier que je ne mets pas en œuvre le dispositif de l’aide personnalisée dans le temps extra-scolaire ?


Je viens de recevoir votre troisième rapport de visite. J’avais souligné dans votre premier rapport du 12 décembre les inexactitudes qu’il contenait, tout en acceptant le constat de désobéissance. Vous ne m’avez pas répondu sur les points que je contestais. Je n’ai pas estimé utile de réagir à votre deuxième rapport puisqu’il m’a été communiqué le mercredi 21 janvier lors de l’audience à l’Inspection Académique, audience au cours de laquelle il m’a été signifié une sanction financière sous la forme d’un retrait de salaire deux jours par semaine à compter du 5 janvier.


A la lecture de ce troisième rapport, je crois de mon devoir d’attirer votre attention sur ce que je considère comme une attitude inacceptable vis-à-vis d’un instituteur de la République. Je suis profondément scandalisé par vos commentaires qui vont au-delà de la mission d’observation qui vous a été confiée.


Je cite : « A l’issue de ce nouveau contrôle, je constate que Mr Refalo ne s’applique toujours pas dans son service d’enseignement à mettre en œuvre les conditions nécessaires permettant de dispenser véritablement une aide personnalisée aux élèves de sa classe rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages » (c’est moi qui souligne). (rapport de visite du 13 janvier).


Je cite : « Cette attitude délibérée manque désormais totalement à ses devoirs professionnels (c’est moi qui souligne), en qualité de professeur des écoles et atteste d’un refus caractérisé de remplir correctement la mission qui lui est confiée auprès des élèves ». (rapport de visite du 13 janvier)


Je cite : « Au terme de cette troisième visite, je constate que malgré mes rappels et recommandations réitérés, et ce dans une volonté clairement communiquée de vous convaincre du caractère inadapté de votre attitude professionnelle (c’est moi qui souligne), tant vis-à-vis de vos devoirs et obligations de fonctionnaire que vis-à-vis de l’intérêt même des élèves et des parents de votre classe, je constate et prends acte de votre nouveau refus de faire évoluer d’une quelconque manière la position que vous avez prise ». (rapport de visite du 10 mars)


Je cite : « Ces dispositions maintenues contribuent autant aujourd’hui que précédemment à perturber le bon fonctionnement de l’école, à mettre en cause la cohérence et l’image du service public auquel vous appartenez (c’est moi qui souligne) et auquel vous vous devez d’apporter votre entière contribution professionnelle. » (rapport de visite du 10 mars)


Je cite : « Au vu du nouveau constat de ce jour, je ne peux que conclure à votre refus réaffirmé de ne pas vouloir vous conformer aux obligations de service qui sont les vôtres en qualité de professeur des écoles » (c’est moi qui souligne). (rapport de visite du 10 mars)


Je récuse absolument les jugements sans appel que vous croyez pouvoir porter sur mon travail d’enseignant, qui n’ont d’autre visée que de le discréditer et de le stigmatiser et qui, en définitive, voudraient me déconsidérer et me déshonorer. Les propos accusateurs que vous tenez à mon encontre sont totalement excessifs, outranciers, in-justifiés, in-sensés, in-acceptables. Ils procèdent d’un acharnement vraiment déraisonnable à vouloir me dénigrer.


L’ensemble de ces commentaires vise à instruire une culpabilisation de l’enseignant en essayant de le convaincre qu’il fait mal son travail, qu’il nuit à ses élèves et au fonctionnement du service public. Il s’agit d’une forme de pression morale qui ne peut que chercher à déstabiliser l’enseignant qui s’efforce de raisonner, de penser et d’agir pour ne pas être complice du démantèlement du service public d’éducation. Les enseignants, y compris les enseignants désobéisseurs, ont droit à être respectés dans leur intégrité professionnelle. Par ces jugements que vous portez sur mon travail, à contre-pied de l’ensemble des rapports que mes inspecteurs ont produits depuis le début de ma carrière, vous me condamnez sur le plan professionnel et vous alimentez les éléments à charge qui permettent à l’inspecteur d’académie de prendre des sanctions par ailleurs totalement disproportionnées.


A aucun moment, à l’occasion de vos visites, vous ne vous êtes intéressé à l’ensemble du travail que j’ai mis en œuvre dans le cadre des 24h hebdomadaires obligatoires. Comment juger de la qualité ou de la « nocivité » d’un travail sur la base de l’observation d’un dispositif situé par ailleurs sur un temps extra-scolaire et soumis à l’approbation des parents ? Il s’agit là d’une grave dérive administrative qui ne peut qu’attiser notre révolte.


Pourquoi donc, Monsieur l’inspecteur, tenez-vous à exprimer autant de malveillance à mon égard ? Comment pouvez-vous vous refuser à ce point à comprendre le sens de ma démarche ? Pensez-vous vraiment que c’est en vous enfermant dans une attitude entièrement négative que vous favoriserez une issue constructive au conflit auquel vous devez faire face ?


Ces jugements sont d’autant plus inacceptables que je vous rappelle les faits suivants :


– Lors de votre première visite le vendredi 14 novembre, vous aviez envoyé un mail à l’école à 15h10 pour prévenir de votre visite à 15h30. Il se trouve que ce jour-là, à 13h30, j’ai du amener en urgence à la clinique ma compagne dont la grossesse arrivait à terme. Alors que l’examen n’était pas terminé, j’ai laissé ma compagne à la clinique pour retourner à l’école afin de pouvoir assurer à l’heure la séance théâtre. Les élèves avaient été répartis dans les classes en attendant mon retour. Compte tenu des circonstances, – votre visite impromptue et l’émotion légitime de mon aller-retour à la clinique – je vous ai demandé de reporter cette visite. Vous avez refusé et devant mon insistance, vous avez appelé au téléphone l’inspecteur d’académie qui vous a explicitement dit que je n’avais pas le choix. Chacun appréciera l’humanité de cette décision et de cette attitude alors que je n’étais présent à ce moment-là que par conscience professionnelle et que le bon sens aurait voulu que je reste auprès de ma compagne hospitalisée. J’ai donc rejoint mes élèves et vous avez assisté à la séance théâtre.


– Vous avez totalement justifié et approuvé, à l’occasion d’un entretien récent, la sanction professionnelle de l’inspecteur d’académie, à savoir le refus de promotion au grand choix que je méritais dans le cadre du tableau d’avancement du corps des professeurs des écoles. Cette sanction professionnelle faisait suite à la décision prise quelques jours auparavant de me sanctionner financièrement. Alors qu’en droit français, la double peine n’existe pas, vous considérez de surcroît qu’il ne s’agit pas d’une « sanction ». Selon vous, la promotion devait m’être refusée car le contraire aurait été un encouragement à la désobéissance ! Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans le déni de la réalité et l’allégeance servile à des décisions dont le caractère politique n’a échappé à personne ?


Au vu de ses éléments, je considère désormais que le rapport de confiance professionnel qui devrait nous lier est rompu. Je vous informe donc que je ne souhaite plus votre présence dans ma classe à compter de ce jour, surtout s’il s’agit de constater une nouvelle fois ce que vous savez déjà et que j’assume pleinement. Je vous ferai gagner une heure sur votre temps précieux et mes élèves n’auront plus à me demander : « Pourquoi est-ce que l’inspecteur vient encore dans la classe ? »


Ces visites répétées dans ma classe, les différents rapports que vous m’avez transmis, vos justifications des sanctions financières et professionnelles qui m’ont été infligées constituent une forme de « harcèlement » moral et professionnel  que je décide aujourd’hui de dénoncer en tant que tel. Je vous informe que j’ai décidé de m’adresser à un conseiller juridique pour faire valoir mes droits en la matière afin que cesse cette pression permanente qui, forcément, à la longue, porte atteinte à la sérénité de mon travail.


Monsieur l’inspecteur, j’en appelle à votre conscience, à votre responsabilité et à votre humanité. Cessez de trahir votre mission première qui est de soutenir et d’encourager les enseignants dans les classes. Refusez d’obéir à des ordres contraires à l’éthique de notre profession. Renoncez à écrire des rapports à charge qui ont pour objectif de discréditer un collègue. Ouvrez-vous au dialogue vrai sans vous réfugier en permanence derrière une argutie juridique déconnectée des réalités du terrain. Soyez loyal à votre hiérarchie, mais non servile !


Sachez, monsieur l’inspecteur, que le mouvement des enseignants désobéisseurs ne cesse de progresser. 2 650 enseignants du primaire sont en désobéissance ouverte et affichée. Il s’agit du plus important mouvement de désobéissance pédagogique que l’Education Nationale ait connu. A ce jour, la réponse de l’administration est soit de fermer les yeux (comme vous le faites pour un certain nombre de désobéisseurs sur la commune), soit de réprimer certains brutalement par des retraits de salaire et des refus de promotion. Cette incohérence témoigne que votre objectif n’est pas tant de savoir si les dispositifs que vous défendez sont réellement efficaces, que de vous assurer que l’ordre règne dans l’école par l’obéissance des enseignants aux injonctions de la hiérarchie et aux décrets absurdes du Ministère.


Ce mouvement ne faiblira pas, malgré les sanctions. Il est porteur d’une exigence éthique conjuguée à un volontarisme professionnel et pédagogique qu’aucun pouvoir ne pourra briser. Nous continuerons, avec le soutien des parents d’élèves, à défendre l’école publique, aujourd’hui menacée par des lois et des décrets scélérats. Nous ne faiblirons pas dans notre résistance. Plus vous nous sanctionnerez, plus nous désobéirons.


Notre mouvement n’est pas seulement un mouvement de contestation. Il se veut également une force de proposition. Nous attendons que la porte du dialogue s’ouvre avec les enseignants en résistance afin que la raison et la sagesse aient le dernier mot dans l’intérêt du service public d’éducation que nous avons l’honneur de servir.


Je vous prie de recevoir, Monsieur l’inspecteur, l’expression de mes sentiments déterminés et respectueux.


Alain REFALO

Source : http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1213304.html

jeudi 13 novembre 2008

La colère monte…

Filed under: Actualité,Education,Hors — mazzhe @ 20\0835
Tags: , ,

La grogne s’amplifie dans l’Education Nationale.

Suppression du samedi matin, nouveaux programmes, aide personnalisée, suppression des rased, disparitions des remplaçants, nouveau concours de recrutement avec suppression de la formation initiale… Les motifs de mécontentement sont nombreux. (et encore, je ne parle que du primaire ! et il y a d’autres sujets…)
J’entends tous les jours les professeurs des écoles dire le mal qu’ils pensent de ces réformes. Il y a eu des protestations, mais elles n’ont pas été entendues. Ce midi encore des collègues me disaient qu’ils avaient envie de quitter l’Education Nationale. « J’en ai assez, je me demande si je ne vais pas démissionner » « moi aussi, je me le demande souvent, mais je ne sais pas ce que j’irais faire… »

Cette semaine, à deux reprises, j’ai entendu des intits me dire « On est trop obéissants : on n’est pas d’accord, mais finalement, on le fait quand même…« .

Ca tombe bien : grâce à Polyb, j’ai découvert aujourd’hui que Alain Refalo, instit à Colomiers, a décidé, lui, de désobéir. Et il a bien raison.
Je vous incite à lire sa longue lettre, très détaillée. Elle explique bien ce que ressentent beaucoup de collègues…

Et rejoignez-nous le 20 novembre pour protester contre cette démolition de l’Education Nationale !

Ci dessous, la lettre publiée ici : http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1030669.html

Colomiers, le 6 novembre 2008


Monsieur l’Inspecteur,

Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d’obéir.

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l’Education Nationale s’est engagé  qui désespère de plus en plus d’enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l’opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l’école se succèdent, suscitant tantôt de l’inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d’arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d’une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L’Education Nationale n’est pas l’armée ! Il n’y a pas d’un côté ceux qui décident et d’un autre côté ceux qui exécutent ! L’honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.


Aujourd’hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l’Education Nationale n’est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l’attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d’enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l’alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu’aucun bilan de leur action n’a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l’école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l’utilité n’est plus à démontrer, la mise en place d’une agence chargée du remplacement avec l’utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d’Administration, la dévalorisation du métier d’enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m’est le plus insupportable, l’insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c’est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l’échec scolaire.


Le démantèlement des fondements de l’Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L’objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d’un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu’un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.

1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s’impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu’ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l’apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l’échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n’est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d’acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d’entreprise et de libéralisation de l’école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c’est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C’est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n’ont fait l’objet d’aucune évaluation sérieuse et que d’autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d’ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d’un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C’est pourquoi en conscience, j’ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l’esprit des programmes de 2002.

2. Tout particulièrement, je refuse de m’inscrire dans la logique d’une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C’est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l’inscription d’une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd’hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d’échanger, de se respecter. Nous avons besoin d’une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L’éducation citoyenne est l’un des piliers de l’école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l’emprise de la violence. La priorité aujourd’hui est d’apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd’hui, comme hier, en conscience, j’ai fait le choix d’une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.


3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l’organisation des écoles, qu’il faut aujourd’hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d’aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n’est qu’un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d’enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d’hier et d’aujourd’hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l’ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d’ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C’est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l’esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n’appliquerai pas ce dispositif d’aide personnalisée tel qu’il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l’accord des parents.


4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l’opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu’il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l’échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d’élèves pour les stages de remise à niveau.


5. La loi sur le service minimum d’accueil dans les écoles les jours de grève n’est pas autre chose qu’une loi de remise en question des modalités d’application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d’accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d’accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l’administration et j’informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.

Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c’est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c’est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n’avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.

Et devant les errances de la modernité, le professeur n’a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l’immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l’émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d’éviter la sélection par l’échec, il doit incarner l’exigence pour tous.

Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c’est la marge qui tient la page. » »

Si aujourd’hui je décide d’entrer en résistance et même en désobéissance, c’est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C’est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d’enseigner et esprit de responsabilité qu’il est de mon devoir de refuser d’appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l’espérance que cette résistance portera ces fruits. J’espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s’agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.


Monsieur l’Inspecteur, vous l’avez compris, cette lettre n’est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l’adresser et de la faire connaître. Le propre de l’esprit responsable est d’agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C’est ce que je fais aujourd’hui.

Je vous prie de recevoir, Monsieur l’Inspecteur, l’assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Alain REFALO

Professeur des écoles

Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)

Lettre adressée à Mr l’Inspecteur de l’Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.