Hors et En

mercredi 8 février 2012

Il n’est de richesse que d’hommes

Samedi a eu lieu le deuxième forum thématique de François Bayrou, ayant pour titre « Instruire, éduquer, former – Il n’est de richesse que d’hommes »

Comme le sujet m’intéresse et que les propos de certaines personnalités à ce sujet m’inquiètent, j’avais écrit ici mes états d’âmes, et j’avais envoyé un courriel à François Bayrou et Jacqueline Gourault. Ils m’ont tous les deux répondu personnellement (je les remercie !), et invité à participer à la journée de samedi.

Cette journée s’est révélée très intéressante, et rassurante.
J’ai participé, pour ma part, à la table ronde « Instruire : les chemins de la réussite ». Les intervenants étaient variés. Il y avait des grands noms, comme Dominique Versini, défenseur des droits des enfants, des grands responsables, comme un inspecteur général de l’EN, des ouvriers du quotidien : professeurs, directeurs, des parents d’élèves, des responsables associatifs en lien avec l’école. Certains intervenants venaient d’autres mouvement politiques, comme EELV et la Gauche Moderne.
Les avis exprimés ont été riches, très différents, parfois contradictoires. Pour tenter de synthétiser, on peut dire qu’il y a 3 visions de l’école dans la société, et 2 grands courants pédagogiques au sein des enseignants.

La première vision de l’école, que me vantait ouvertement un de mes correspondants sur Twitter, est celle d’une école à 2 vitesses, pour ne pas mélanger « les enfants d’enseignants ou de fonctionnaires » et ceux de la « plèbe illettrée » (les mots ne sont pas de moi, mais ils m’ont fait comprendre qu’il y a réellement des personnes qui disent cela !). Cela permettrait, selon mon correspondant, d’éviter le nivellement par le bas. C’est une vision que je ne partage pas : enfermer quelqu’un dans une caste méprisable, c’est inhumain.

La deuxième vision de l’école est celle du libre choix. Les établissements sont libres de recruter leurs enseignants, de mettre en place les projets, les pédagogies, les contenus qu’ils souhaitent. Les parents sont libres de choisir l’école pour leurs enfants. Cette vision là, qui met les établissements en concurrence entre eux, favorise le communautarisme, le repli sur soi. Je la pense aussi génératrice de tension sociale, de lutte de bandes entre les élèves de l’école Machin et ceux de l’école Bidule… C’est néanmoins la vision qu’ont un certain nombre de nos concitoyens, dont certains en responsabilité.

Enfin la troisième vision de l’école est celle d’une école, accueillant tout le monde, refusant les discriminations (sociales, racistes, sexuelles, sanitaires, intellectuelles, religieuses, etc.) , et laïque. C’est la vision qui a conduit à l’école actuelle, l’école de la République Française, de la société française dans sa diversité. Si on souhaite garder ce modèle, il faut l’adapter, lui donner un nouveau souffle, pour qu’elle puisse accomplir au mieux sa mission et faire baisser les inégalités.

Dans cette école, quelle que soit la vision que vous souhaitiez, les enseignants peuvent privilégier, pour faire court, deux pédagogies différentes défendues respectivement par les « républicains » et les « pédagogistes ».

Les tenants de la pédagogie républicaine souhaitent centrer l’école sur les apprentissages. Le programme doit être axé principalement sur les matières fondamentales que sont le français et les maths, et c’est le maître qui apporte les connaissances nécessaires aux élèves (au pluriel). L’apprentissage se fait principalement par la mémorisation et l’entraînement. (je simplifie, je caricature, c’est juste pour faire apparaître les grands traits).

Les défenseurs de la pédagogie « pédagogiste » souhaitent centrer l’école sur l’élève (au singulier). Le programme doit être plus ouvert, comme l’est la société actuelle, avec, à côté du français et des maths, l’utilisation des nouvelles technologies, des langues vivantes, davantage de découvertes culturelles… Le maître, spécialiste de la pédagogie, apprend au élèves comment ils peuvent acquérir eux même les connaissances, avec son aide, bien sûr. Il doit différencier, adapter les méthodes en fonctions de capacités de chaque élève. L’apprentissage se fait d’abord par la réflexion et l’application concrète, en lien avec le vécu des élèves et la société.

J’ai été rassuré par cette journée, car la vision qu’a François Bayrou de l’école est la même que moi : celle d’une école qui rassemble, une école républicaine, une école pour tous, une école qui respecte les différences. J’ai aussi été rassuré par le fait qu’en ce qui concerne les méthodes pédagogiques, François Bayrou, en bon centriste, rassembleur, a entendu les interrogations des enseignants, et souhaite y répondre rationnellement. (Je ne suis pas dupe : il sait bien aussi que si il veut rassembler le plus de voix sur son nom, il ne doit pas se mettre à dos la moitié des enseignants… ) Il avoue qu’il a bien une préférence, mais que ce ne sont pas ses convictions qui doivent dicter les choix pédagogiques de la nation, mais les résultats des différentes méthodes. Il souhaite donc évaluer la réussite des méthodes d’apprentissage . Observer les méthodes utilisées par les enseignants dans les classes qui réussissent.
Dans mon courriel, je lui demandais comment il évaluait la réussite d’un enseignant, afin de la distinguer du milieu dans lequel il exerce et des moyens dont il dispose. Il m’a répondu que cela se ferait par la comparaison de l’évolution des élèves sur un an, dans des classes comparables. Il me reste quand même des questions… Cela implique donc une évaluation en début d’année et une à la fin ? Pour toutes les classes, ou pour des échantillon ? Systématiquement, chaque année, ou juste au début, pour une durée d’étude ?

Bref… Je n’ai parlé ici que des méthodes d’enseignement, parce que cela me tenait à cœur, mais les propositions de Bayrou sont beaucoup plus larges que ça. Comme je ne pense pas trouver le temps de vous commenter ses trente orientations, je vous propose de les retrouver ici : instruire, former, éduquer.

Comme bilan de cette journée, je retiendrai une phrase de l’Hérétique, sur twitter :

Si je n’étais pas déjà pour @bayrou je le serais devenu aujourd’hui

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