Hors et En

mardi 31 janvier 2012

Un journée d’enseignant

Filed under: Education,perso — mazzhe @ 22\1030
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Il est 20h20, j’arrive chez moi.

La journée a été assez difficile. Mes élèves (9 à 11 ans) étaient énervés. Étais-je différent aujourd’hui (Les élèves nous renvoient souvent notre image : si je suis fatigué, ma classe va être énervée. Si je suis dynamique, motivé, ma classe va l’être aussi, si je suis calme, détendu, ma classe va être studieuse… C’est un système de mesure de l’état de santé imperceptible. C’est souvent après avoir remarqué que quelque chose n’allait pas dans ma classe que je prends conscience de mon état de santé.) ? Je ne crois pas. Est-ce dû aux quelques flocons de neige qui sont tombés ? Je ne crois pas. Il n’y en avait pas assez… Est-ce dû à l’effort particulier que je mets en ce moment sur Jason, pour qu’il reste assis à sa place, qu’il cesse de crier et de jeter son matériel en l’air ? Je ne pense pas. J’essaye au maximum que cet effort ne se fasse pas au détriment des autres élèves. Est-ce dû à la longue séance de sport de cet après-midi ? Non, ce n’est pas la première fois qu’on y va…

Ils étaient bavards, peu attentifs, peu concentrés… Même Domitille et Agathe, habituellement studieuses, étaient ailleurs, aujourd’hui…
Je ne sais pas pourquoi ils était plus énervés. Je ne le saurai pas.

A 16h30, en refermant le portail, j’étais vidé. Comme d’habitude, je suis retourné m’assoir à mon bureau, et comme d’habitude, j’ai essayé de ranger mollement les papiers qui traînaient, les photocopies non distribuées, les notes et idées qui me serviront pour préparer la suite des cours, la liste de paiements pour le spectacle de la semaine prochaine… Je n’y arrive pas. Je fais une chose, puis je passe à une autre. Ce n’est pas grave. Cette inefficacité, je l’assume, c’est ma façon de décompresser après la journée dans l’arène, sans pour autant avoir l’impression de ne rien faire. Ce n’est que vers 17h15 que je retrouve de l’énergie pour travailler vraiment.
J’ai un travail à préparer pour 6 élèves qui en ont besoin. Je dois le faire ce soir, puisque le jeudi, ce n’est pas moi qui suis dans la classe, c’est ma collègue. Puis je prends le cahier de liaison pour lui noter les points à savoir. Je lui explique le comportement de Jason, je lui dis la réponse que nous a faite la mère de Kenny, je lui demande de transmettre le travail que j’ai promis à ces 6 élèves, et je réponds à sa question sur la liste des élèves de CM2. A 18h, j’entends les élèves quitter l’étude.

Je dis à la dame de service que j’ai encore pas mal de travail… Je note sur mon ordi mes remarques pour les prochaines journées, car sinon j’aurai oublié. Ce n’est pas facile d’avoir 2 métiers. Puis enfin, vers 18h30, il ne me reste plus qu’une chose à faire. Je n’ai pas de courage, mais je sais qu’il faut le faire, car tout retard n’est pas rattrapable : il faut corriger les cahiers. C’est là que je découvre si mes élèves ont compris la notion vue dans la leçon précédente, ce qu’il faut approfondir, revoir, et ce qui est acquis. J’aimerais avoir le temps de faire cela en classe, pour pouvoir mieux aider les élèves. C’est plus efficace d’agir sur une difficulté tout de suite, que d’attendre la correction la semaine suivante… Et je sais que la correction sur le cahier n’est souvent même pas lue par les élèves qui en auraient besoin. Je continue cependant à écrire des conseils que je n’ai pas pu dire à l’oral… « Attention ! Relis la leçon : avec l’auxiliaire être, tu dois accorder le participe passé… » C’est quand même plus utile qu’un « vu« . J’aimerais avoir le temps de faire cela en classe, à l’oral, mais j’ai un double niveau : quand 22 CM1 font leurs exercices sur le cahier, tout seuls, j’en profite pour faire une leçon avec les 7 CM2. Je ne peux donc pas aider les élèves du CM1 qui en auraient besoin. Certains enseignants y arrivent. Je ne sais pas comment ils font. Je n’ai pas encore assez d’expérience pour cela.

Pour corriger en détail les 29 cahiers, il me faut 1h30. C’est donc vers 20h que je peux mettre l’école sous alarme (je suis souvent le dernier à partir) et rentrer chez moi.
Lorsque j’arrive, je peux embrasser mes enfants et les coucher, avant de dîner. Après, je prendrai du temps pour moi, pour lire mon courrier, des articles sur internet, et pour discuter avec ma femme des projets de travaux. Ce soir, j’ai de la chance : on est mardi. Pas besoin de me remettre à travailler pour préparer la journée de demain… Le lundi, je travaille de 22h à minuit, voire 1h du matin, selon ce que je prévois pour le mardi.

Est-ce toujours comme ça ? Est-ce pareil pour tous les instits ?

Non.

Non, ce n’est pas toujours comme cela.
J’ai de la chance, car j’habite à 20 minutes de chez moi seulement, à vélo, pas comme Charivari, nommée à 1h de voiture de chez elle, et tant d’autres (quelques exemples parmi d’autres).
J’ai beaucoup de chance, parce que je ne suis instit qu’à mi-temps. Je peux souffler le reste de la semaine, en faisant un autre travail qui me plaît.
J’ai de la chance, parce que ma classe est difficile, mais normale, pas comme celle que j’ai eu il y a deux ans. Lorsque je rentrais à 21h, je me mettais à pleurer, allongé sur la canapé.
J’ai de la chance car je ne suis pas tout débutant.
J’ai de la chance, car je n’ai pas été nommé directeur, comme c’est la cas pour certains collègues, qui se retrouvent contre leur gré avec des responsabilités supplémentaires.
J’ai de la chance car j’ai plusieurs cordes à mon arc, et je peux envisager de faire autre chose que de l’enseignement l’année prochaine.
J’ai de la chance car j’ai une femme qui a choisi comme travail de s’occuper de notre famille, et cela facilite la vie quotidienne.
J’ai de la chance, beaucoup de chance, car je ne suis ni en ZEP (ou REP, ou Éclair, peut importe : le nom ne change pas la réalité qu’on y vit), ni en CLIS, ni en UPI, ni en (S)EGPA, ni sur tant d’autres postes où sont nommés les collègues qui n’ont pas assez d’ancienneté.
J’ai de la chance, car je suis dans un niveau que j’aime et que j’aurais choisi si j’avais eu le choix.
J’ai de la chance, parce que je viens d’avoir une promotion au grand choix qui me permettra d’avoir un salaire supérieur à 1700€ nets.
J’ai de la chance, car j’ai un inspecteur qui est un supérieur honnête, qui ne met pas de pression inutile sur ses enseignants, qui ne cherche pas le plaisir du pouvoir.
Cette année, j’ai de la chance.

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2 commentaires »

  1. Merci pour cet « état des lieux », merci de partager.
    Bon courage
    Chloé

    Commentaire par unamideclaireetolivier — dimanche 5 février 2012 @ 21\0909 | Réponse

  2. […] préparations et les corrections. Les PPRE, l’APER, le B2I, et l’APS… Finies les longues soirées d’hiver (et d’été) angoissées, passées à préparer des cours, sans avoir le temps de faire […]

    Ping par La page est tournée. « Hors et En — jeudi 5 juillet 2012 @ 17\0526 | Réponse


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